Mercredi 23 avril 2008

Après un long voyage chaotique, la porte de la voiture où Julius avait passé la nuit avec ses sœurs et son petit frère, entassés parmi les bagages, s’est ouverte sur une rue multicolore irréelle pour des yeux habitués aux champs de canne et à la brume des collines : partout des maisons de briques ou de bois peintes en couleurs vives rattrapées par le temps en éclaboussures glauques, partout les tâches grises et acajou des toits de tôle piqués de rouille, des lambeaux d’affiches, papillons verts jaunes rouges mangeant les planches bleu ciel d’une échoppe, et la poussière ocre qui se mêle à tout, dans le ruisseau aux papiers et aux déchets, aux mille reflets fascinants marinant dans cette eau noire traînée d’encre hésitante, où, en quelques flaques, des gamins se lavaient. Quand Julius arriva à Bigtown, il avait huit ans.

 

Pour un gamin de cet âge débarquer à Bigtown, cette grosse baleine géométrique échouée sur la côte sud de l’île, c’était être lâché dans un monde déjà trop rempli et qui ne veut pas de toi, où chaque jour est une course à la survie qui ne s’arrête pas avec la tombée de la nuit. Parfois, tu attends tellement en faisant tout pour tromper ta faim que ton estomac se venge la nuit et gargouille, te faisant trembler des pieds jusqu’à la tête, que tu ne puisses pas fermer l’œil…Et  pourtant, dans les rues de Bigtown, la vie déborde, comme si l’énergie d’un monstre marin antique grouillait encore dans ses artères, décidant les architectes coloniaux à construire toutes ses rues perpendiculaires et ses lotissements carrés, comme pour en canaliser la sombre puissance. Si tu n’avales rien, c’est la ville qui t’engloutit, l’Eldorado des miséreux de l’île se nourrit des égarés qu’il attire, ils dansent comme des éphémères devant une bougie brûlant leurs espoirs. La ville n’a rien à offrir, que des promesses, et les proies faciles qu’elles attirent. Des hordes affamées, prêtes à bondir, se terrent et guettent même le peu que tu as, comme partout depuis l’Océan primitif, chacun dîne d’un plus petit que soi. Dominants et dominés, et toujours les mêmes qui paient. Un proverbe coréen dit que quand les baleines se battent, les crevettes ont le dos brisé.

Par Infini Turbulent
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Mardi 22 avril 2008


Au printemps dans ce pays les gens guettent l'envol des hérons  et lisent dans leurs trajectoires les présages pour leur vie future. Chaque individu se reconnait dans le vol d'un oiseau en particulier comme deux pièces d'un même morceau s'assemblent. J'ai attendu avec eux. Au bout d'un moment, chacun avait reconnu son héron, mais gentiment ils restèrent avec moi pour m'aider à garder patience. Puis après un autre temps encore, ils ont commencé à se fatiguer d'attendre et ils sont partis, les uns après les autres, en m'encourageant à ne pas désespérer. Depuis, j'attends. Comme je ne sais plus depuis combien de temps, je décide de m'approcher de l'étang. Et là, je le vois enfin, je le reconnais, c'est mon héron! Mais...Il est mort, et empaillé depuis longtemps.


Par Infini Turbulent
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Lundi 21 avril 2008
Le travail reprend!
Les rateaux s'enchaînent.
Le temps fuit...
Mon roman n'avance pas !

L'espoir est un gros hippopotame toujours sous l'eau, seules ses narines affleurent.

Au royaume des ombres, les miroirs calligraphient nos angoisses.

La vie n'est pas que dans les livres, il y a aussi les films. (se demander: pourquoi toujours ce besoin de fictions? Mythophage, la nature de l'âme?)

Lutter contre le déterminisme, les injustices, les a priori, les esprits obtus, le manque d'ouverture... Voilà le programme. En ces temps d'individualisme, de repli sur soi, de tout-économique, du règne de la médiocrité de l'esprit commerçant, qui a dit qu'écrire était un acte inutile?
Par Infini Turbulent
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Vendredi 4 avril 2008

Les vacances du prof: enfin l'occasion de tomber malade !

 Je ne sais par quelle magie, le jour des vacances coïncide toujours avec une montée de fièvre, un retour de grippe,... Comme si les microbes avaient patienté jusqu'à ce que le surmoi torturé du fonctionnaire culpabilisé par "tous ses congés" leur donne l'autorisation de se jeter sur son pauvre corps enseignant...

Bling bling, individualisme forcené, dictature de la quantité, règne froid des apparences. Les alouettes ont peur des miroirs maintenant, alors qu'on ne s'étonne plus de devoir attendre le printemps.

Pour le procrastineur, chaque jour est fait des restes des précédents: toute une vie de miette dans un royaume de poussière.

La Terre n'est qu'une tête d'épingle à côté du soleil; imaginez la taille de l'affiche qu'elle sert à fixer. En tous cas, je n'irai pas voir le film; je sais déjà comment il finit : mal.

Par Infini Turbulent
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EMERVEILLEMENTS RECENTS

LIVRES :
2666  de Roberto Bolano, Christian Bourgois

Suttree de Cormac McCarthy, Points Seuil
Vineyard  de Thomas Pynchon , Points Seuil

BD :
Gus, tome 3 - Ernest de Christophe Blain, Dargaud
Le Landais Volant de Nicolas Dumontheuil, Futuropolis

 


FILMS :
Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche
35 Rhums de Claire Denis
Un Prophète de Jacques Audiard


MUSIQUE :
The Spirit of Apollo - N.A.S.A.
Music For Men - THE GOSSIP
 

Théâtre

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Texte de Serge Aimé COULIBALY et Renaud ANTAL
Spectacle de la Compagnie Faso Danse Théâtre en tournée en ce moment !

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