Dimanche 4 mai 2008


Un feu d’artifice n’est que crachotements monotones pour l’aveugle malentendant.

 

Le désert transpire des mirages.

 

Le montreur d’ours a retrouvé sa chaîne et son collier. La ville a peur, mais on a aussi retrouvé la clé de sa cage. C’est un ours très honnête.

 

Une bulle se promenait dans le monde et partout elle devait se ranger. Des figures géométriques monstrueuses voulaient lui faire tâter leurs aspérités, faire exploser sa ronde innocence.

-         On n’a pas idée de garder cette forme sphérique ! Partout le monde va te déchirer. Fais comme nous, prends la forme des autres…

-         Non, je résisterai ! C’est à vous de vous habituer à ma forme, répliqua la bulle avant d’éclater en frôlant un courant d’air.

 

Entre elles les pierres murmurent. 

 

Par Infini Turbulent
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Samedi 3 mai 2008

Des banderoles, les réactions offusquées ou une pseudo-comédie vaguement patoisante clament la fierté d’avoir des racines.

Sans mérite, qu’y a-t-il à revendiquer ?

La définition d’un espace d’où viendraient les purs ? Ou l’esprit de clocher ? Je rappelle qu’il est dominé par une girouette.

Les écrevisses remontent à leurs origines quand la vie est en aval, voire dans le courant de la rivière.

Patrie bêlante, comme il est encore nombreux ton troupeau quand ils reconnaissent ton cri.

 

Par Infini Turbulent
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Vendredi 2 mai 2008


Peur du vide, de l'inconnu, du néant, les molécules d'une goutte d'eau s'organisent pour trouver la forme qui sera le moins au contact de l'air. Et pour que les molécules du bord de la goutte ne soient pas altérées, elles tournent et changent de rôle à la manière des pingouins résistant au froid sur la banquise. Comment voulez-vous être téméraire avec un corps composé au trois-quarts d'eau?

Les bulles d'air à la surface de la mare s'agglutinent, se regroupent comme pour se protéger les unes les autres et, grâce à l'organisation des molécules, dessinent des alvéoles. L'eau réfléchit comme une abeille qui réfléchit comme un homme avec son vin précieux. Le monde est une bulle je vous dis !

Par Infini Turbulent
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Jeudi 1 mai 2008


Trois punaises rêvaient de se débarasser du lombric qui les avait punies lors d'un cours de jardinage. Elles allèrent se plaindre à la direction de la scolarité, disant qu'il était chauve, qu'il était grand, qu'il faisait peur à leurs yeux d'enfants. Et que dire de sa couleur suggestive? Chacun se le figura et il fut décidé que, non, décemment, il ne pouvait pas s'occuper d'éducation, il était trop choquant. Ils décidèrent sans même l'entendre de le renvoyer sur le champ. Lui n'était pas là pour se défendre; il travaillait sous le champ.
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Depuis des mois, un jaguar des jungles infernales rôde dans mes rêves.
De la brume de son haleine jaillissent des monstres informes trop occupés à s'entredéchirer pour me voir.
C'est toujours le même problème: soit je me fonds dans le décor et je me sauve, pour continuer cette vie solitaire où personne ne me voit, soit je crie, j'existe enfin, et j'affronte ces monstres sanguinaires.
-- ... AAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaargh.


Par Infini Turbulent
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Mercredi 30 avril 2008


Si tu ne peux rien contre le gorille, il vaut mieux l'aider à emporter ton paquetage.
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Chez les Epaminondas, il est de coutume d'apporter sur les lieux de bataille le corps d'un chef vaillant mort au combat pour servir de bonne fortune et d'encouragement. Moi, bien sûr, j'apportais le corps de ma femme, même si je l'avais tuée au cours d'un combat domestique. Mais les autres m'ont demandé d'arrêter; l'ennemi nous repérait à chaque fois.
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"Je ne veux aller voir personne, dit-il. Je suis étranger au pays.
- Vous seriez étranger n'importe où. Même chez vous, dit l'agent. Allons, en route."
William FAULKNER, Lumière d'août, Folio (p.530)

Par Infini Turbulent
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Mardi 29 avril 2008

...


Si les brins d'herbe s'unissaient, imaginez leur puissance dévastatrice.
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Il y a des mondes fantastiques dans une flaque d'eau. En outre, elle reflète vraiment le ciel.
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Le chemin n'a jamais été facile. Encore, les barbelés m'attendent toutes dents dehors.


Par Infini Turbulent
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Lundi 28 avril 2008


"Nous sommes certainement des barbares puisqu'une certaine forme de civilisation nous écoeure."
La Révolution Surréaliste n°5, 1925
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Lorsqu'il entendit des cris perçants dans l'appartement de sa voisine, il se saisit de sa trousse à pharmacie et enfonça la porte mitoyenne. La jeune fille était absorbée dans ses prières à Kali. Elle s'était coupée en préparant le repas, mais ne voulait que bénir les mets. Décidément trop efficace, cette déesse.
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Un ami se repère de loin dans la toundra.

Par Infini Turbulent
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Dimanche 27 avril 2008


Ma vie ne peut pas être une tragédie : j'ai déjà tué tous les dieux au premier acte.
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A chaque fois qu'il portait un coquillage à son oreille, il entendait le chant des sirènes. Il se renseigna sur le karma et les actions à accomplir pour se réincarner en tel ou tel animal, il lui fallait absolument rejoindre ces sirènes. Il sortit de chez lui armé d'un revolver, il tua un chanteur qu'une horde groupissante accompagnait en tous lieux, un mannequin qui faisait rêver les imaginaires peoplisés et un footballeur céphalomaque que les foules adulaient. Alors il se suicida et se réincarna en bernard-l'ermite.
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Qui reste avec un ami trop fidèle se lève aussi con que la veille.
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Traverse la rivière avant d'insulter le crocodile. (proverbe entendu au Burkina Faso)

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ARNO SCHMIDT VIVANT !!!




Par Infini Turbulent
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Samedi 26 avril 2008


Dans l'île de Melshadek, le temps a la lenteur et l'épaisseur des nuages touffus qui s'élèvent du vieux volcan, comme si le sablier ne s'écoulait plus. La population, isolée de tout, survie sur ces terres inhospitalières grâce à une organisation fourmillière. Les travaux des champs, l'entretien des maisons, l'éducation des enfants sont pris en charge par tous, à tour de rôle. Dans cet univers clos, balayé par les vents, démonté par de fréquents raz-de-marée, brûlé par des saisons sèches interminables, chaque individu est formé pour pouvoir occuper toutes les fonctions. Officiellement pour devenir des êtres complets, épanouis, le plus à même de résister à ces conditions éprouvantes; officieusement, c'est surtout pour pouvoir être immédiatement remplacé en cas de disparition soudaine ou de rebellion, ce qui revient au même... Nous sommes une population où l'identité n'importe plus, la fonction non plus, elle change toutes les semaines. D'ailleurs nous n'avons pas de papiers d'identité, ils ne serviraient à rien puisque personne n'est distingable ici, sauf les étrangers, ils n'ont pas les épaules voûtées et ils sentent le sang frais que nos corps désirent d'une manière inavouée, mais irrépressible, après des siècles de mêlées consanguines. Mais ils sont si rares les voyageurs excentriques qui viennent se perdre sur nos rivages, et presque toujours sans femme.

Plus rare encore est la nourriture sur cette île. Nous travaillons douze mois par an pour optimiser nos productions, en y dépensant toute notre énergie et toute notre science, mais les résultats sont insuffisants et la famine guette, même si certains ragoûts ont la saveur de nos ancêtres. C'est autant de places de cimetière gagnées pour ensemmencer. Des lois furent votées pour limiter les naissances, d'autres pour instaurer des jours de jeûne au moindre prétexte religioso-médiatique, mais la faim est notre quotidien et personne n'a encore trouver le moyen de s'y habituer. Alors la Police Suprème a décrété que chaque famille n'aura plus droit qu'à un passage par mois au grenier à provisions. Un règlement strict a été mis au point pour éviter les abus : une famille, c'est-à-dire une cellule de quatre personnes, doit se présenter nue devant le grenier au moment de sa convocation. Elle est ensuite autorisée à entrer pour deux minutes et à emporter tout ce qu'elle pourra sortir de là dans le temps imparti, sans sac ni vêtement. Si les longs cheveux font merveille pour retenir le miel, on ne tient pas un mois avec huit poignées de riz. La faim est si tenace qu'il est impossible de se mettre quelque chose dans la bouche pour le transporter, on finit toujours par l'avaler avant la porte. Certains ont voulu en profiter pour se goinfrer, mais en deux minutes on n'a pas le temps de se rassasier. Chacun s'est donc ingénié à trouver des moyens pour sortir le maximum de vivres.

Depuis quinze jours mes parents me font boire dix litres d'eau par jour, et quand je n'en peux plus, ils m'attachent sous la fontaine, pour que je me gonfle d'eau par tous les pores. Et hier, ils ont brutalement arrêté. Ils ont attaché mes bras et mes jambes à des clous plantés sur notre façade et m'ont abandonné, comme écartelé en plein soleil. Ma peau distendue est tout asséchée, et je retrouve ma silhouette d'affamé mais à présent je nage dans ma peau comme dans des vêtements trop grands. J'ai compris pourquoi ils me torturaient ainsi : ce soir, nous sommes convoqués au grenier et ils m'utiliseront comme bâche pour transporter des kilos de riz. Si seulement j'avais avoué à mes parents que j'avais un piercing depuis le mois dernier, je leur aurais éviter une grosse déconvenue en arrivant à la maison. Décidément, je ne saurai jamais être utile à rien.


Par Infini Turbulent
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Jeudi 24 avril 2008


Les problèmes s'attachent à moi comme des petits poissons parasites qui ripaillent dans les replis de la peau d'un éléphant de mer fatigué, qui se laissent portés et n'ont souci de rien, tandis que le mammifère marin doit contourner lourdement toutes les embûches de sa destinée. Ces crevures me rognent jusqu'au sang. Quand ils me laisseront enfin tranquille, les orques seront là.   

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L'homme le plus indépendant du monde est mort la semaine dernière. Toujours aussi intègre dans son refus de la moindre compromission, il a choisi l'ultime forme de la liberté en se jouant de la mort. Plutôt que de l'attendre, il est allé à sa rencontre, mais même dans le suicide, il y a le poids des traditions. Un esprit vraiment libre ne peut se contenter d'un noeud coulant ou du goût frais d'un canon de revolver dans la bouche. Il fallait se montrer indépendant de tout, gravité comprise. Il s'ingénia à construire un mécanisme d'élastiques tendus qui, une fois libérés par un levier, le propulseraient si haut et si rapidement qu'il y avait toutes les chances qu'une crise cardiaque l'emporte avant même que la pesanteur ne modifie la trajectoire de son ascension. Malheureusement, au moment où il abaissa le levier, un élastique cassa net et détourna la projection programmée depuis la terrasse vers l'intérieur de son appartement. Lui qui rêvait d'aller si haut s'est écrasé sur son plafond.


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Hier, vous avez pu lire les deux premiers paragraphes de mon roman. Il y en a encore quelques pages, mais je n'arrive pas à écrire la suite. Le coupable : le quotidien et son cortège de médiocrités proférées, subies, avalées et même dégluties malgré leur reptilienne consistance. Bref, on dirait bien que ceci est un appel pour de la remotivation, chers lecteurs...

Par Infini Turbulent
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2666  de Roberto Bolano, Christian Bourgois

Suttree de Cormac McCarthy, Points Seuil
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