Samedi 31 mai 2008

3

 

Les Ethuriens sont très soucieux du respect de l’environnement, ils ne sont pas rancuniers.

 

Leurs maisons sont construites exclusivement avec des matériaux naturels ou recyclés, en assemblages hétéroclites qui ne sont pas sans évoquer des carcasses d’accident autoroutier au retour des vacances, avec malgré tout des fleurs aux fenêtres des caravanes.

 

Ils refusent de manger d’autres aliments que ceux cultivés sur des parcelles préservées, au milieu des grands champs inondés de pesticides. Leur président l’a dit : les nuages s’arrêtent aux frontières.

 

Ils nettoient ostensiblement leur jardin et leur bout de trottoir, ne laissant rien traîner, enfermant les déchets dans des sacs spéciaux pour chaque type. Ainsi, ils enferment toutes leurs émissions de gaz dans des sacs orange vif dont ils ne se séparent jamais, pour bien signaler aux voisins leur respect de l’air commun.

 

A la tombée de la nuit, pour plus de discrétion, ils vont derrière leur maison vider leurs sacs par une fente creusée dans la palissade du voisin. Heureusement, celui-ci a pratiqué la même fente derrière chez lui.

 

Par Infini Turbulent
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Mercredi 28 mai 2008

2

 

L’hospitalité chez les villageois éthuriens est une notion très complexe. Mon premier contact avec eux, le soir de mon arrivée, alors que j’entamais la traversée à pied du pays, est resté gravé en moi.

 

Après une trentaine de kilomètres pour m’éloigner du port, je m’arrêtai dans une ferme à la sortie d’un village. Un couple de paysans rondelets, sans âge ni expression, accepta de m’accorder l’hospitalité pour une nuit. Je ne voulais rien accepter d’eux ; voyageant pour mon loisir, j’estimais que je ne devais pas abuser de leur gentillesse. Qu’ils m’offrent un toit pour la nuit était bien suffisant, mais en m’obstinant à refuser leurs attentions, il semblait que je manquais aux règles élémentaires de la bienséance locale.

 

Ils voulurent donc me nourrir. J’avais beau prétendre que j’avais déjà mangé en arrivant au village, la coutume voulait qu’ils m’offrent une part de leur meilleur plat. Mes hôtes me servirent donc de la tripe de chèvre partiellement séchée au soleil. Rarement la subjectivité du mot « meilleur » me fut plus difficile à avaler. Ils me proposèrent ensuite un pâté de viande de ragondins repêchés entre les grilles de la station d’épuration, ce qui leur donnait un fumet si particulier. Enfin, j’eus droit au dessert à une tarte au vieux fromage de chèvre dont l’odeur m’accompagne encore, bien des bains et des années après.

 

Il était alors de mon devoir de réciter le poème de remerciement traditionnel pour le repas et les délices occasionnées, et je dus ensuite, comme c’était la règle, improviser un spectacle pour distraire mes hôtes. Eux avaient la tâche de me frapper à coups de gourdin chaque fois que ce que je disais leur déplaisait. En telle situation, on apprend vite le consensus. Malheureusement à leur goût, et pour mes os, je ne connaissais que deux histoires avec des chèvres.

 

Ensuite la tradition voulait qu’avant de dormir j’aille honorer mon hôtesse et éventuellement mon hôte, le choix lui appartenant bien sûr. Après les coups de gourdins, j’avoue que mes pensées étaient loin de lorgner vers la sensualité, mais, selon les mêmes règles, c’était armés de matraques que mes hôtes estimeraient mes performances physiques.

 

Une fois leurs libidos satisfaites, j’étais trop épuisé pour réussir à m’endormir sur le vieux canapé où ils m’avaient abandonné. Le premier rayon de soleil ne tarda pas à me libérer ; avec lui s’achevait la charte des devoirs d’une nuit d’hospitalité en Ethurie. Je partis précipitamment, bien décidé pour la suite à dormir dans les bois.

 

 

Par Infini Turbulent
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Mardi 27 mai 2008

1.

 

Le monde ayant vieilli, je partis en voyage.

Pas en exil ni en fuite, juste l’envie de retrouver l’entrain,

Le mouvement lancinant comme soin de l’âme.

Je sautai dans le premier bateau.

Après une traversée d’un mois sans histoire, j’arrivai sur les côtes d’un pays dont je n’avais jamais entendu parlé : l’Ethurie.

L’occasion était trop belle et je m’enflammai aussitôt : faire découvrir une autre civilisation et cette population d’apparence étrange me permettrait de chasser mes démons et d’écrire à nouveau. Mon exploration se déroula sur une année.

L’Ethurie est une grande plaine essorée par des pluies interminables, où courent des êtres poussés par des vents glaciaux : ce sont les Ethuriens.

Dans ce pays sans relief, rien ne vient s’opposer à la fureur des éléments ; la population a appris à vivre en groupes. Il n’est pas rare de voir de petites grappes d’humains rouler sur les chemins comme les boules de mauvaises herbes poussées par les vents du désert.

 

Par Infini Turbulent
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Jeudi 22 mai 2008

Alvéoles où tu enfermes tes semblables

Cire dont tu enduis tes relations

Miel dont tu enrobes pourtant tes paroles

Pollens que tu amoncelles pour épater les voisins

Fleurs avidement épuisées pour qu’aucun autre n’en profite

Hiérarchie que partout tu réclames, effrayé par la liberté

Je t’ai reconnu vieux bourdon indéfini d’homme

 

Une percée dans les nuages. Sûrement pour pouvoir jeter une nouvelle épreuve.


Parfois la mouche est si fatiguée de voler en tous sens qu’elle rêve d’un hamac chez les araignées.

 

Le tigre timide maudit l’orange.

Par Infini Turbulent
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Samedi 17 mai 2008

 

Un jour mes os ont décidé de se déclarer la guerre.

Depuis harcèlement de la douleur.

La vie est une chienne ? La prendre comme telle.

 

Sans aucun changement dans le ton de sa voix, le Dalaï Lama a récusé toute implication dans les tremblements de terre en Chine.

 

L’arbre cache la forêt, mais aussi, sous lui, plus discrètement, l’immense réseau de ses racines. On ne voit qu’une partie de l’être, le plus précieux nous échappe toujours.


La vie est une pomme ? La prendre comme Tell.


 

Par Infini Turbulent
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Vendredi 16 mai 2008


Un escargot sur le capot d’une voiture lancée à toute allure rêve d’accouplements effrénés pour l’amélioration de l’espèce.

L’oiseau croisant une grenouille se moque de ses ailes ridicules et toutes repliées.

La vie à deux c’est logiquement la vie à moitié, l’infini à moitié… Décidément l’amour a bien
des inconvénients.

 

Par Infini Turbulent
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Jeudi 15 mai 2008

 

Mon grand-père m’a oublié peu après ma naissance. Pas d’Alzheimer, non, juste un profond désintérêt. Il n’avait rien à me dire quand, années après années, j’apparaissais sous son nez au moment des fêtes. Il n’a même pas voulu apprendre la langue dans laquelle on m’éduquait, celle du pays où le vent de l’Histoire (c’est comme ça que les livres appellent l’haleine des nazis) a poussé la famille. Ma curiosité m’a toujours porté à poser trop de questions, mais cet homme était un paradoxe sur pieds ; n’était-il pas d’ailleurs le seul charcutier juif de France ? Mais non. Rien. Il ne m’écoutait pas, comme si la fréquence de ma voix ne pouvait atteindre ses célestes oreilles.

Pourtant, une fois, il m’a parlé. Il m’a donné ce « proverbe » en me regardant dans les yeux, scandant chaque syllabe à la manière d’un prédicateur :

« On vient au monde tout nu. »

C’était juste après la mort de mes parents, il a dit ça et il m’a fermé sa porte quand je lui demandais un toit pour la nuit. Depuis, on ne me laisse plus le joindre.

Aujourd’hui, je suis content de reconnaître ce vigoureux millionnaire nonagénaire, dilapidant sa vie comme si de rien n’était, quand il passe devant mon pont. Je le vois entrer dans les plus grands casinos et les meilleurs hôtels quand, moi, je gèle sous mes cartons, mais je suis heureux. J’ai compris sa pensée. Aucun descendant ne peut être digne d’un homme comme lui. J’ai bien fait de tuer son fils et moi, je ne passerais sûrement pas l’hiver.

 

 

 

Par Infini Turbulent
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Mardi 13 mai 2008


De près, les empreintes des mouettes dessinent des masques primitifs sur les dunelettes de sable.

 

Qui pourra un jour me reconnaître ? se plaint la vague anticonformiste.

 

Génie baudelairien : la démarche désopilante de l’albatros méritait une allitération.

 

Ce rossignol chante pour le repos de l’oiseau à l’aile cassée. Grand bien lui fasse. Du coup, l’aigle fondra sur une autre proie à la place.

 

Par Infini Turbulent
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Jeudi 8 mai 2008


Pour entrer sur cette plage le règlement imposait des formes définies. Après bien des efforts pour escamoter tout ce qui dépassait, je me présentai sous l’apparence d’une bouée bien ronde et percée en son centre, comme il se doit. L'idée tenait du génie car depuis ce jour je suis invité à tous les dîners qui se donnent en ville. Il est du dernier chic de me compter parmi les convives et on me réserve toujours la meilleure place parmi les invités les plus prestigieux. L’intelligentsia communale ne se lasse pas d’observer en moi les effets de ce qu’elle avale.

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Un rhinocéros forcé de se promener nu depuis la loi contre le port d’arme, mais qui tenait à garder un chapeau, a été interné. On a cru qu’il se prenait pour Napoléon. Sûrement sa passion des bicornes.

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De sa lunette astronomique il pouvait voir l’ensemble des humains. Infimes molécules d’infini.


 

Par Infini Turbulent
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Mardi 6 mai 2008

Non


Aucun vers de terre n’a jamais remercié le soc de la charrue qui vient de le sectionner, fût-il d’un intérêt national. Après il faut supporter de vivre avec son double.

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La timidité n’est pas un problème pour la pierre. A peine plus pour le jaguar qui dort au soleil.

Si seulement j’osais lancer l’une sur l’autre…

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Cache tes pensées secrètes comme on couvre un puit sans fond.


 

 

Par Infini Turbulent
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