Le vent pousse tout sur son passage, mais celui qui ne sait pas où il va, où le vent le portera ?
Vous me voyez là, avec le vent, au bord de cette falaise, mais personne ne saurait dire d’où je viens. Seule certitude : je suis d’ailleurs.
Etrange impression démiurgique : je peux voir les mouettes voler sous moi, les vagues se fracasser sur les rochers et l’écume voltiger en tourbillons, mais si je ferme les yeux, tout
s’arrête.
Partout autour de moi : le vide. Le vent apporte quelques sons du monde là-bas, je les perçois encore, mais de loin en loin. Quelque part des gens rient, d’autres discutent politique ou
mécanique, cela revient au même.
Le vent me gifle. S’il n’était trop tard, je le remercierais de m’endurcir ainsi. Souvenirs des rafales qui ont secoué ma vie ; elles m’ont donné le sens du rythme et m’ont appris à chanter
juste.
Ici, la folie prend vite, les rêves me débordent, je veux m’élancer dans les airs. La liberté, enfin. Là-bas, dans la rue, personne ne me connaît. Je suis un courant d’air. Je passe ma vie à me
cacher des services d’immigration. Je suis tellement discret que même mes voisins doutent de mon existence.
Pourtant j’ai parcouru le globe, j’en ai vu des choses partout où le chemin m’a porté. J’en aurais des trucs à dire à tous ceux d’ici, aux opinions arrêtées, arc-boutées sur leur petit champ de
savoir, où plus une fleur ne pousse après des années de monoculture.
Là-bas, une fille pleure sur sa solitude. Je saurais peut être la consoler…mais je suis trop haut et le vent trop fou pour savoir d’où viennent ces sons. Déjà la vie d’en bas ne m’intéresse plus.
J’ai envie de m’envoler. Plus rien ne me retient. Le vent m'emporte.
Coquille d’idée laissée parmi les pierres, j’égrène les paroles de ma chanson pour que quelqu’un
vienne me recueillir, mais le vent siffle et les emporte.
Sur le sable, petit mollusque exténué, je grave ces paroles pour que la terre les garde, mais la mer
monte et les embrouille.
Sur des affiches géantes, avec des stylos plus grands et plus lourds que moi, je les écris pour que
tous puissent les voir, mais le soleil brille trop et les efface.
J’écris sur des murs oubliés, sur des feuilles au vent, sur des brouillards imaginaires et après je m’étonne que personne ne me
lise.
L’envie de connaître le bonheur, c’est déjà le bonheur. Ce n’est même que ça. Après viennent les compromis avec le
réel.
« Pourquoi » est toujours le début d’une mauvaise question. Absurdement, hier, un poste de télé a fracassé le
pare-brise d’une voiture exactement au moment où je passai à côté. Savoir pourquoi Untel l’avait balancé par sa fenêtre ne m’aurait même pas permis d’ôter les éclats de verre de mon manteau. En
revanche, j’ai dû resté une bonne heure à méditer sur cette question : Vu l’angle de chute depuis la fenêtre, vu le calme de la rue à cette heure, vue la poisse phénoménale qui me colle aux
pas depuis des mois, et surtout vu que je ne possède pas de télé et que les médias cherchent à tout prix à s’introduire dans nos cerveaux, comment était-il possible que ce poste atterrît sur
cette voiture plutôt que sur mon crâne ? On ne parle pas assez des ravages de la télévision : dangereuse et chronophage.
Pour plaire aux abeilles, parce que c'est la loi, les plantes se doivent de porter haut fleurs et parfums. Mais qui se soucie des vraies envies
des plantes ?
Pourquoi ne pourraient-elles concentrer leur énergie sur l'approfondissement de la connaissance de leur milieu ou sur la fabrication de feuilles ombrelles pour les fourmis ?
Ici m'arrivent seulement quelques bribes volées à des conversations par des bourrasques indiscrètes.
Là-bas, les maisons semblent des coquilles vides. La vie en a jailli puis s'est enfuie. Les murs s'accrochent désespéremment à la côte battue par la mer encore et encore. Il ne saurait être
question ici d'autre chose que de résister.
La pluie farine d'écume me colle les cheveux sur le visage. Encore et encore la mer m'enveloppe, m'appelle. Déjà elle me prépare, m'assaisonne.
Des étoiles? Je pris une très large inspiration, comme pour les attirer à moi. Rien ne change, nulle part. Juste le silence absurde du monde et du vide alentour... Puis le vent insolent et bavard
le long des falaises.
La vie d'un homme, ça se résume à ça : quelques coups de vents heureux, mais la plupart du temps c'est la bourrasque de face qui vous empêche d'avancer.
Les oyats retiennent les dunes. Aucune unité dans ma vie, qui suis-je? Les réponses fusent multiples. Quelle plante m'aidera à tenir mes mois assemblés?
La nuit frétille autour des lampadaires fatigués.
Je regarde les cigales préparer leur archet.
Le lointain résonne de dérapages sur gravier
Et comme il y a anguille sous roche...ravage dans la marée.
Même écrasés par toutes les misères du monde, les hommes ont toujours assez d'énergie cachée pour chercher à se relever.
Et la faim qui se déploie,
Et les frustrations qui s'accumulent,
Et les richesses qui fuient,
Et la pauvreté qui devient système
N'y peuvent rien,
Même si l'Afrique peut légitimement se poser des questions sur la bienveillance de Celui qui veille sur son destin.
Poser des questions, c'est résister,
S'arc-bouter contre les règles tacites des dominants,
Poser des questions, c'est risqué;
Les courageux disparaissent.
Ils ont enfermé Mandela,
Tué Lumumba et Sankara,
Malcolm X, Biko et 'Nkrumah...
Or, même morts, ils ne se taisent pas;
Leurs idées dansent et mènent combat.
Une foule affamée s'avance,
Qui vient défier l'indifférence des gens d'ici.
Eux donnent du barbelé à qui demande du pain,
Des camps de rétention à qui fuit la prison,
Des horizons de miradors à qui cherche le salut.
De l'indifférence ou un silencetrès pratique?
Ils dénigrent les Grands Hommes du Continent,
Mais la couleur du sang ne s'efface pas.
Leurs idées dansent et mènent combat
Sur la scène de BABEMBA.
BABEMBAest le titre de la nouvelle création deSerge Aimé Coulibaly, dont la générale m'a inspiré ces quelques mots (ainsi que beaucoup d'émerveillements!) et que vous
pourrez voir à partir de demain (vendredi 27 juin) et tout au long du mois de juillet au Tarmac de La Villette à Paris. plus d'infos
Quand un éthurien aime se mettre en avant, qu’il est plein de discours et de gestes, il est
directement nommé Président.
Ils sont nombreux avec ce désir secret, mais dans l’ensemble la population est si frileuse qu’elle se trouve déjà de l’audace d’admirer celui
qui ose proclamer ses ambitions. Même, les éthuriens ont peur d’être jugés et taisent leur soutien, si bien que le voyageur est étonné quand il
assiste à un discours du Président. Une girouette bondit et virevolte sur l’estrade devant un parterre silencieux, qui se surveille du coin de l’œil. Et, malgré la foule impressionnante, malgré
l’assentiment général, les envolées lyriques du Président tombent à plat, seulement parfois approuvées par des humhumments discrets.
On comprend aisément combien il est facile d’abuser de tels gens. Ainsi, pour être élu, il suffit qu’un présidentiable leur répète à chaque
allocution qu’il est pour le changement, que les injustices (imaginez ici un développement « larme à l’œil ») et que les privilèges (là un développement « ratisser large parmi les
frustrés ») n’ont que trop duré. Ils sont d’accord. Ils votent pour lui.
Bien sûr ensuite il ne fait rien (qui voudrait scier la branche sur laquelle il est assis, fût-elle hiérarchique et généalogiquement
consanguine ?), mais il parle du changement. Chez les Ethuriens on répète les choses jusqu’à ce qu’elles paraissent vraies. Pas étonnant que leur gouvernement ne compte que des
publicitaires.
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BD : Gus, tome 3 - Ernest de Christophe Blain, Dargaud Le Landais Volant de Nicolas Dumontheuil, Futuropolis
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Jacques Audiard
MUSIQUE : The Spirit of Apollo - N.A.S.A. Music For Men - THE GOSSIP
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Texte de Serge Aimé COULIBALY et Renaud ANTAL
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