Combien je me suis retenu
d’écrire ! Vous n’imaginez pas les affreux tâtonnements tourmentés dont je vous ai protégés.
Méfiez-vous des rêves ! Même
les chimères ont des maris, des vies de famille.
Je déteste la publicité, ses
couleurs criardes, vecteur de la pensée unique et dominante, là pour conditionner tout un chacun en consommateur moyen. Aussi l’apparition d’une
fenêtre de pub sur ce blog pose-t-elle un problème majeur (du nom du doigt que je tends à ces envahisseurs, publicitaires aux goûts de parvenus, chantres de la médiocrité) ! Si cette fenêtre
ne disparaît pas (je veux encore croire qu’il s’agit d’une erreur…), je changerais d’adresse très rapidement. Vous connaissez des sites d’hébergement sans pub ?
Très étrange de se retrouver. Toi,
tu n’as pas changée. Tu rougis de la gêne due au silence. Je regarde ailleurs pour ne pas faire peser sur toi des yeux où quoi que je pense personne n’arrive à déchiffrer rien qu’une
expression de torpeur bovine.
Je suis enfermé sous mon visage,
atteint d’une maladie rare. Si je le pouvais, je t’expliquerais que c’est une paralysie totale des muscles du visage, que mes traits sont bloqués ainsi mais que, au-dessous, bouillonnantes, mille
émotions se télescopent, s’emboutissent, s’organisent en réseaux fiévreux et inédits… Aucun mot ne peut sortir de ma gorge. J’ai beau les polir, les tourner en tous sens, me concentrer sur les
plus précieux, ceux dont on rêve enfant qu’ils seront des caravelles pour visiter l’univers… ceux que je saurais trouver pour te susurrer à l’oreille l’enchantement du monde, pour te révéler leur
pouvoir de miroiter le mystère des microcosmes…Inutile, je ne peux pas parler.
Se rencontrer dans un hall de gare,
après tant d’années ! Tu n’as jamais cherché à prendre de mes nouvelles, sinon tu n’attendrais pas ainsi, à me tourner autour pour que je te parle. Je regarde le tableau des départs pour me
donner une contenance. Je ne sais comment tu l’interprètes mais je sens un mouvement de recul pendant que tu m’observes. A présent je vois de la distance dans tes yeux. Ça a été court. Pendant
quelques temps une multitude de possibles s’est offerte à moi, j’ai pu croire que quelqu’un me voyait vraiment. Toutes les voluptés du monde m’ont envahi et chaque infime parcelle de cet instant
était un ravissement de tous mes sens, avec l’espoir fou de le partager avec toi, parce que tu m’avais connu avant, parce que peut être tu ne t’arrêterais pas à l’apparence…Dans dix secondes tu vas te réfugier derrière la pitié bien-pensante, tu auras le même regard que les autres. Je ne veux pas te voir devenir comme
les autres alors, quand j’entends la sonnerie du départ sur un quai voisin, je me précipite dans le dernier wagon sans ticket et sans me retourner, emportant comme un trésor que décidément je ne
saurais partager avec personne la poésie clandestine des choses.
Si on me présentait mon angoisse
écartelée, là, sur une table de dissection, je dirais ne pas la connaître. L’inversion des rôles me plairait tant que je l’abandonnerais volontiers aux soins des
Inquisiteurs.
Il n’y a pas de page blanche. Juste
du papier en train de se décomposer sur lequel il vaut mieux se dépêcher de tracer quelques signes avant que chacun ne rejoigne la
poussière.
L’incuriosité du monde le heurtait
au plus haut degré, si bien qu’il ne sortait plus de chez lui non plus.
La maison tremble, un frisson la parcourt jusqu’aux tréfonds de ses fondations, la peur s’est imprimée
aux murs. Il est décidément bien difficile de vivre à l’intérieur de son imagination.
« Traverse les chemins pour ne suivre que ta voie » me conseilla un jour un serpent qu’un
coup de foudre avait raidi au point de l’empêcher de jamais dévier. Aujourd’hui il est marié, a trois enfants et un crédit pour sa maison, qui le rattache comme une laisse à sa niche au bord du
chemin. Que de ratages on laisse en friche au bord du chemin !
Qui dort avec un fauve n’a que faire d’un réveil-matin.
Nuits inquiètes, journées ni moins pâles ni moins longues.
Depuis le bord de la zone, pour écrire le roman de ces temps de crise, j’ai inlassablement espionné des escogriffes survêtus de bariolages publicitaires, véritables atlantes aux piliers des halls
de cités, qui regardent le rien. À longueurs de journées. Fixement. Comme quoi, vivre ou écrire…
En attendant, ils me sont supérieurs : ils sont là alors que je me cache.
Celui qui s'émerveille en voyant quelques surfaces irisées doit se méfier : le tout n'est qu'une grosse
flaque huileuse.
Pourquoi parfois les mots s'arrêtent-ils? Passée une certaine douleur, l'ineffable entre en jeu et subtilise toutes les ressources.
Losque la vie devient nuit, j'en projette un peu sur ma feuille pour essayer de l'éclaircir.
Pensées simplistes en forme de maximes pour se donner l'illusion que le contenu est enfin saisi dans la fulgurance de l'instant. La fuite encore...
La fuite des pensées, l'une chasse l'autre, et on se masque la cruauté qui paraîtrait si pour une fois on allait jusqu'au bout.
Pensées d'un inadapté qui cherche à atteindre le bout sans heurts.
La bêtise n’est qu’une forme de l’insensibilité générale.
Je deviens paresseux. Même le lever de paupières m’est difficile. Il faut dire que celui
qui m’a collé deux décennies d’insomnies sous les yeux ne m’a pas aidé. On n’est jamais généreux avec soi, sauf pour se mettre des bâtons dans les roues.
Une soirée chez des jeunes adultes rebelles. Cheveux dressés, nuques rasées, maquillages
sombres, tous les piercings sont de sortie et des tatouages débordent de chaque vêtement…impressionnant de voir comme la révolte est uniforme ! Au moins ceux-là ne retournent pas à la
religion. La peur de la liberté s’est répandue.
Le vent pousse tout sur son passage, mais celui qui ne sait pas où il va, où le vent le portera ?
Vous me voyez là, avec le vent, au bord de cette falaise, mais personne ne saurait dire d’où je viens. Seule certitude : je suis d’ailleurs.
Etrange impression démiurgique : je peux voir les mouettes voler sous moi, les vagues se fracasser sur les rochers et l’écume voltiger en tourbillons, mais si je ferme les yeux, tout
s’arrête.
Partout autour de moi : le vide. Le vent apporte quelques sons du monde là-bas, je les perçois encore, mais de loin en loin. Quelque part des gens rient, d’autres discutent politique ou
mécanique, cela revient au même.
Le vent me gifle. S’il n’était trop tard, je le remercierais de m’endurcir ainsi. Souvenirs des rafales qui ont secoué ma vie ; elles m’ont donné le sens du rythme et m’ont appris à chanter
juste.
Ici, la folie prend vite, les rêves me débordent, je veux m’élancer dans les airs. La liberté, enfin. Là-bas, dans la rue, personne ne me connaît. Je suis un courant d’air. Je passe ma vie à me
cacher des services d’immigration. Je suis tellement discret que même mes voisins doutent de mon existence.
Pourtant j’ai parcouru le globe, j’en ai vu des choses partout où le chemin m’a porté. J’en aurais des trucs à dire à tous ceux d’ici, aux opinions arrêtées, arc-boutées sur leur petit champ de
savoir, où plus une fleur ne pousse après des années de monoculture.
Là-bas, une fille pleure sur sa solitude. Je saurais peut être la consoler…mais je suis trop haut et le vent trop fou pour savoir d’où viennent ces sons. Déjà la vie d’en bas ne m’intéresse plus.
J’ai envie de m’envoler. Plus rien ne me retient. Le vent m'emporte.
Coquille d’idée laissée parmi les pierres, j’égrène les paroles de ma chanson pour que quelqu’un
vienne me recueillir, mais le vent siffle et les emporte.
Sur le sable, petit mollusque exténué, je grave ces paroles pour que la terre les garde, mais la mer
monte et les embrouille.
Sur des affiches géantes, avec des stylos plus grands et plus lourds que moi, je les écris pour que
tous puissent les voir, mais le soleil brille trop et les efface.
LIVRES : 2666 de Roberto Bolano, Christian Bourgois
Méridien de sang de Cormac McCarthy, Points Seuil Une Partie du Tout de Steve Toltz, Belfond
BD : Gus, tome 3 - Ernest de Christophe Blain, Dargaud Big Foot (intégrale) de Nicolas Dumontheuil, Futuropolis Soldat inconnu:Crevaisons de Larcenet et Casanave, Dargaud
FILMS : Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche 35 Rhums de Claire Denis Khamsa de Karim
Dridi
MUSIQUE : The Spirit of Apollo - N.A.S.A. (Excellent! Avec des featurings improbables: Tom Waits, Method Man, Sizzla, David Byrne, RZA, Seu Jorge...) From the Corner To The Block - GALACTIC Same Old Story - CAPLETON
Théâtre
NOUVEAU !!!
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Texte de Serge Aimé COULIBALY et Renaud ANTAL
Spectacle de la Compagnie Faso Danse Théâtre en tournée en ce moment ! plus d'infos dossier pédagogique